Le regard français : processions, correfocs et bandas aux Baléares
On arrive avec en tête les images de la Semaine Sainte andalouse, et on découvre autre chose : des processions plus discrètes à Palma, des diables qui crachent le feu au milieu de la foule, et surtout une fête qui n'existe nulle part ailleurs, où des chevaux se cabrent au son d'une jota aragonaise sur une place bondée de Minorque. Le regard français s'y perd un peu, avant de s'y attacher pour de bon.
La Semaine Sainte à Palma : plus feutrée qu'on ne l'imagine
Oublie l'image du mur de tambours façon Aragon (la fameuse Ruta del Tambor y Bombo de Teruel n'a pas d'équivalent ici) : à Palma, le tambour accompagne discrètement les pas dans un cortège religieux plus calme. Les deux temps forts sont la procession du Jeudi saint, autour du Sant Crist de la Sang, une statue du XVIe siècle portée par pas moins de 37 confréries, et celle du Vendredi saint, le Sant Enterrament, avec 33 confréries qui défilent dans l'ordre inverse de leur fondation. La plus ancienne, la Cofradía de la Cruz de Calatrava, remonte à 1902, inspirée des modèles sévillans. Le premier Français venu s'attend au fracas ibérique : il trouve un cortège plus contenu, presque intime, à mille lieues des clubs d'Ibiza qu'on associe souvent aux îles.
Le correfoc : quand les diables descendent dans la rue
Ici, le feu ne sert pas qu'à illuminer, il se porte. Le correfoc (littéralement « cours-au-feu ») est un héritage catalan bien vivant aux Baléares : une vingtaine de « dimonis » costumés avancent en cortège au rythme des tambours, bâtons enflammés à la main, faisant crépiter des pétards au milieu du public qui les suit de près. C'est spectaculaire, un peu chaotique, et totalement assumé. Une fédération dédiée, la Fedbib, fédère depuis 2008 les collas des trois grandes îles : à Palma pour les fêtes de Sant Sebastià, à Eivissa avec la colla « Es Mals Esperits », à Minorque avec les Diables de Maó ou les Myotragus Dimonis de Ferreries.
Sant Antoni et Sant Sebastià : la nuit des foguerons
La mi-janvier, c'est LA période à ne pas rater. Le 16 janvier au soir, Majorque s'embrase de foguerons, ces petits feux allumés par des voisins dans chaque rue, où l'on chante et partage à manger pendant que les dimonis dansent parmi les étincelles. Le lendemain, 17 janvier, jour de Sant Antoni, patron des animaux, place aux beneïdes : la bénédiction des animaux domestiques que chacun amène devant l'église, un rituel attesté depuis 1573. À Palma, quelques jours plus tard, la fête de Sant Sebastià suit le même schéma (foguerons le 19 janvier, correfoc le 21), avec en plus des scènes de musique installées sur les grandes places du centre.
Le jaleo de Ciutadella : la fête qui n'existe qu'ici
S'il ne fallait retenir qu'une fête pour comprendre les Baléares, ce serait celle-ci. À Ciutadella (Minorque), la Sant Joan (23-24 juin) tourne tout entière autour des chevaux, une race noire propre à l'île, reconnue officiellement en 1988. Les cavaliers s'appellent les caixers, et représentent symboliquement les ordres de l'ancienne société de l'île : le clergé, l'aristocratie, les paysans, les artisans. Sur la place des Born, au son du jaleo (une jota aragonaise introduite en 1888, jouée en boucle), les chevaux se cabrent et sautent sur leurs pattes arrière au milieu de la foule compacte, pendant que les cavaliers cherchent à les maîtriser. En 2025, la mairie a pour la première fois limité le nombre de cavaliers admis, par souci de sécurité pour les bêtes et le public.
À Ibiza, la même nuit se fête autrement : des feux de joie sur les plages de Talamanca et Figueretas, et à Sant Joan (le village), on allume traditionnellement neuf feux, « els nou foguerons », que les plus courageux sautent pour marquer un renouveau.
Les bandas, la bande-son des fêtes de village
Derrière chaque grande fête, une fanfare municipale. La plus institutionnelle est la Banda Municipal de Música de Palma, fondée en 1966, qui a fêté ses 60 ans en mai 2026 : c'est elle qui joue lors des actes officiels et accompagne les processions de la Semaine Sainte. Dans les villages, les fires i festes patronales mêlent concerts gratuits, danses traditionnelles et défilés de rue, un rituel qui rythme le calendrier de l'archipel bien plus que le clubbing qu'on lui associe souvent de l'extérieur.
Pour caler ton calendrier de sorties, notre agenda Les grandes fêtes des Baléares détaille les dates île par île, et notre guide Le catalan des Baléares t'aide à comprendre les chants et les cris entendus dans la foule.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que le jaleo de Ciutadella ?
Une tradition unique de la fête de Sant Joan à Ciutadella (Minorque) : au son d'une jota aragonaise jouée en boucle, des chevaux noirs menorquins se cabrent au milieu de la foule pendant que leurs cavaliers, les caixers, cherchent à les maîtriser.
Qu'est-ce qu'un correfoc ?
Une course de feu d'origine catalane : des dimonis costumés défilent avec des bâtons enflammés et des pétards au milieu du public. On en voit notamment à Palma pour Sant Sebastià et Sant Antoni, mais aussi à Ibiza et à Minorque.
Quand voir les processions de Semaine Sainte à Palma ?
Les deux grandes processions ont lieu le Jeudi saint (Sant Crist de la Sang) et le Vendredi saint (Sant Enterrament), avec respectivement 37 et 33 confréries qui défilent dans le centre historique.
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